La technologie financière (FINTECH) et les Systèmes Financiers Décentralisés (SFD), concurrence ou complémentarité ?

Banque en ligne, financement participatif, paiement mobile, gestion de l’épargne, conseil financier ou aide à la décision… la FINTECH est déjà partout et représente un enjeu important en terme d’innovation, de la croissance et d’emploi partout dans le monde.
La technologie financière, aussi dénommée FINTECH, est une nouvelle industrie financière qui déploie la technologie pour améliorer les activités financières. Le terme « FINTECH »est une contraction de « finance » et de « technologie ».

Par extension, le terme « FINTECH » est utilisé pour désigner une société qui œuvre dans ce domaine. Les FINTECH sont généralement des startups qui maîtrisent bien les technologies de l’information et de la communication et qui tentent de capter les parts de marché de grosses entreprises en place, qui sont souvent peu innovantes ou en retard dans l’adoption des nouvelles technologies.

Ils cherchent à proposer des services financiers plus efficaces et à moindre coût. Par exemple, il est courant de voir des services de type coris money, orange money, YUP, mobicash… et des centaines d’entreprises proposent ces services.
La différence entre les FINTECH et les banques formelles est que les banques peuvent créer de la monnaie par le truchement du crédit alors que les FINTECH en sont incapables. On peut quand même dire qu’à une certaine échelle réduite, elles le font parce qu’une entreprise qui dispose d’une liquidité stable peut l’utiliser à d’autres fins que la simple thésaurisation.

Des coûts d’entrée très modestes, des possibilités élevées d’innovation et des procédures souples du fait de la proximité font des FINTECH des acteurs incontournables de nos jours.
Par exemple, les banques formelles et certains SFD ne se déplacent pas. Certaines FINTECH se démarquent en se déplaçant pour rejoindre le client, soit physiquement, soit par moyen électronique. Ces FINTECH ne proposent pas encore tous les services d’une banque. Cependant, leur croissance est frappante, en dénote les multiples enseignes dans la rue.

Les FINTECH et les Systèmes Financiers Décentralisés (SFD)
Les SFD représentent l’ensemble des institutions de micro finance qui opèrent dans le milieu rural et le milieu non formel de préférence, milieux où les banques formelles ont des difficultés pour s’installer. Les plus connus sont les Caisses Populaires. C’est une notion construite qui s’oppose à la relative centralisation des structures bancaires de second rang qui excluaient une majorité d’agents économiques des services financiers Selon Dr Zett Jean Baptiste, enseignant chercheur à UO2.

Dans ces SFD, nous avons également la finance informelle qui existait dans nos communautés, par exemple la tontine. Il faut par exemple dire que l’amélioration de la tontine grâce à WhatsApp et aux transferts mobiles d’argent font partie des FINTECH informels.

FINTECH et les SFD : concurrents et complémentaires.
Vu sous cet angle, certaines FINTECH empiètent sur des secteurs réservés aux SFD : mobilisation de l’épargne, octroi de crédit… certaines FINTECH sont complémentaires aux activités traditionnelles des SFD parce que l’épargne qu’elles mobilisent se termine en dépôt dans les banques ou des SFD. Ils sont alors des solutions aux déficiences du système financier (manque de souplesse, problèmes d’asymétrie informationnelle, problèmes de garantie et faible mobilité).

L’avènement du digital a contraint les SFD à adapter leur modèle. Toutefois, les SFD semblent opter pour une collaboration avec les FINTECH plutôt qu’à une confrontation. Ils ne peuvent ignorer la révolution digitale et ont besoin d’intégrer les innovations des FINTECH pour y faire face.

Les FINTECH, une menace pour les SFD ?
Pour Dr Sylvestre Ouédraogo, Directeur de l’IPD-AOS, la réponse est mitigée. La FINTECH crée un environnement que l’on pourrait qualifier de micro comparativement à la meso finance accaparée par quelques grosses SFD qui ont plus de 80% des parts de marché. Cette idée est également appuyée par Drs Issa Sarambé, Enseignant Chercheur et doctorant à l’Université de Koudougou.

La FINTECH devient donc un appendice des SFD mais de par leur souplesse et leur rapidité, elles conduisent les SFD et les banques de second rang à se comporter différemment en proposant les mêmes services ou en rachetant simplement des FINTECH.

Les stratégies de mobilisation de ressources tout azimut et le problème de règlementation dans un environnement très fluctuant peuvent laisser penser que la FINTECH et d’autres modèles informels de la finance vont perturber les SFD.

Selon Dr Zett Jean Baptiste de l’Université Ouaga II, toute tentative de contrôle de la finance informelle sera soldée par un échec parce que le contrôle vise plus à taxer les structures plutôt qu’à protéger les acteurs. La finance informelle fonctionne parce qu’elle est informelle et sa formalisation va engendrer de nouvelles formes informelles.
Pour le Professeur J, M. Servet, professeur émérite de l’IHEID, les relations de proximité et d’échanges font de la monnaie un construit social et ce construit social va subsister en fonction des évolutions de la finance local et alternatives.

Pour promouvoir les avantages et atténuer les risques éventuels de la FINTECH, il importe que les SFD soient résilients face au changement technologique sans pour autant entraver le processus de transformation, d’innovation et de concurrence structurelle qu’elle engendre.
Il faudra suivre de près les développements pour approfondir la compréhension des systèmes financiers en évolution, en vue d’appuyer l’élaboration des politiques qui favorisent les avantages de la FINTECH et en atténuer les risques.

L’évolution rapide de la FINTECH nécessitera des améliorations et d’éventuelles extensions de la portée des cadres de surveillance pour appuyer les objectifs de politique publique et éviter des perturbations du système financier selon le Directeur de la Confédération des Institutions financières, M. Alou SIDIBE. Un observatoire des pratiques est donc indispensable en Afrique de l’Ouest.

SANA Safiatou
Communicatrice Pour le Développement
Assistante Technique PA-EESSA

Synthèse des échanges de l’Université d’été de l’ESS à Ouaga sur la FINTECH et les SFD.

Documents joints

Dans la même rubrique

Adresse IPD


INSTITUT PANAFRICAIN POUR LE DEVELOPPEMENT / AOS

278-Avenue Bendogo, 01 BP 1756 Ouagadougou 01 - BURKINA FASO

Tél.: (226) 25 40 86 21 / 25 40 86 95 / 25 36 47 62
Fax.: (226) 25 36 47 30

E-mail:ipdaos@fasonet.bf
           dr.ipdaos@gmail.com

SUIVEZ-NOUS SUR


Géolocalisation de l'IPD-AOS


Copyright © 2019 IPD-AOS - Tous droits réservés