MARTINE YABRE A PROPOS DE LA LUTTE CONTRE LE COVID-19

« Il y a des inquiétudes au regard du relâchement que nous constatons sur le terrain »
Depuis l’annonce des premiers cas de Covid-19 au Burkina Faso, le 9 mars 2020, des initiatives ont été prises pour lutter contre la pandémie. Parmi elles, figure le groupe féminin dénommé « Femme riposte Covid-19 ». « Femme riposte Covid-19 » est composé de plusieurs femmes et de personnes-ressources de sexe masculin, issues de toutes les couches sociales. Sa création par le Cadre de concertation des organisations intervenant sur le genre et la participation citoyenne des femmes au Burkina Faso, a permis aux membres d’échanger, de faire des propositions concrètes et d’élaborer une feuille de route pour contribuer à la riposte communautaire contre la maladie. Pour mieux comprendre, nous avons rencontré, le 13 mai 2020, l’une des initiatrices du groupe.

« Le Pays : Qu’est -ce qui a motivé la création de « Femme riposte Covid-19 » ?

Martine Yabré : L’initiative « Femme riposte Covid-19 » est un projet du Cadre de concertation des organisations intervenant sur le genre et la participation citoyenne des femmes. Nous avons jugé nécessaire d’initier « Femme riposte Covid-19 » comme une contribution citoyenne des femmes autour de la riposte communautaire qui était engagée officiellement contre la maladie à coronavirus qui est venue tomber comme un cheveu sur la soupe parce que personne ne s’y attendait. Même les autorités, au niveau national, avaient du mal à mettre en place une stratégie et un dispositif pour faire face à cette pandémie. Nous nous sommes dit qu’il était important que nous puissions nous intéresser à cette lutte, de sorte à apporter notre contribution. Elle a été essentiellement de la sensibilisation, aussi bien sur les réseaux sociaux que sur le terrain, l’appui en dons divers, des kits d’hygiène, des lave-mains. Nous avons aussi fait quelques interpellations et plaidoyers en off.

Quelle lecture faites-vous de la gestion du Covid-19 au Burkina Faso ?

Nous voyons la gestion de cette crise sanitaire à trois niveaux. Le premier est celui des autorités. La présence de la maladie au Burkina a été un effet de surprise. Il n’y avait pratiquement pas un plan de riposte qui était prévu. Il a fallu donc prendre des dispositions à ce niveau. Ce que nous apprécions, c’est le minimum de dispositions prises par les autorités, à savoir des dispositions stratégiques et techniques pour accompagner la lutte contre le Covid-19. Mais ce que nous avons déploré, c’est la qualité de la communication qui a accompagné cette riposte. Elle n’a pas été de nature à faciliter le travail aux autres acteurs. Quand l’autorité ne communique pas sérieusement, ou pas bien sur la maladie, il va de soi que les populations ne prennent pas les choses au sérieux. Et c’est ce que nous vivons sur le terrain jusque-là. Il faut aussi apprécier la maîtrise de la gestion de la pandémie par les techniciens de la santé qui ont su s’organiser malgré la faible disponibilité de ressources et du matériel technique pour faire face aux défis de cette pandémie dans un délai assez bref. Le 3e niveau est la contribution des populations et les initiatives privées prises çà et là par des institutions comme l’Assemblée nationale, des structures associatives, des personnes-ressources, des volontaires qui se sont engagés pour faire avancer les choses. De façon générale, ce qu’on retient, c’est que les dirigeants doivent améliorer leur communication autour de la pandémie pour faciliter le travail. Les mesures prises sont bonnes, mais il faut dire que cette pandémie, de par sa nature, a fragilisé le tissu social et économique au point que les plus faibles économiquement, c’est-à-dire ceux du secteur informel, sont sérieusement touchés. Il y a des mesures sociales qui ont été prises pour accompagner la dynamique. Nous les saluons, mais ne perdons pas de vue que ces mesures sociales, dans leur répartition, en dehors de l’électricité et l’eau, posent problème. Par exemple, pour les distributions de vivres, quels sont les critères qui prévalent à la définition d’une personne vulnérable. Est-ce avoir un revenu de moins de 300 F CFA par jour ou ne pas en avoir du tout ? Je pense qu’on peut se féliciter d’avoir plus ou moins maîtrisé la maladie au niveau national, mais il y a des inquiétudes au regard du relâchement que nous constatons sur le terrain. Il est important, à notre sens, que des dispositions soient prises au niveau des autorités pour garantir, même dans le cadre de la relance des activités, le respect des différentes consignes et mesures-barrières.

La polémique enfle autour de la mort de la députée Rose Marie Compaoré dont on dit qu’elle est décédée du Covid-19. Quel commentaire cela vous inspire-t-il ?

Je suis un peu mal à l’aise lorsqu’on parle de cette dame. Elle est comme une tante pour moi, parce que nous venons de la même localité. Je voudrais également souhaiter que son âme repose en paix. Je ne voudrais pas devancer la mission d’information parlementaire qui est en cours au niveau de l’Assemblée nationale et qui est en train d’écouter les différents acteurs. J’espère qu’elle va aboutir et nous saurons ce qui s’est réellement passé. Mais c’est déjà déplorable de constater cette polémique qui ne devrait pas être, si chacun avait joué sérieusement son rôle.

Combien votre structure a-t-elle pu mobiliser en termes de fonds à ce jour ?

Nous avons pu mobiliser une centaine de lave-mains que nous avons mis à la disposition de groupements féminins, de structures spécifiques et à un certain nombre de familles. Nous avons mobilisé plus de 15 mille cache-nez que nous avons mis à la disposition des femmes et des enfants. Nous avons également mobilisé la somme d’un million de F CFA que nous avons remise comme contribution au niveau du Coronathon. Nous sommes en train de nous organiser pour pouvoir doter les différents marchés de kits d’hygiène.

Comment appréciez-vous les mesures d’allègement prises par le gouvernement pour soulager un tant soit peu la population ?

Ces mesures sont qualifiées de mesures d’allègement mais ce n’est pas évident que tous les Burkinabè le prennent de cette façon. Déjà, c’est de saluer les efforts qui ont été faits par le gouvernement parce que ce n’était pas gagné d’avance. Mais c’est de souhaiter qu’on puisse faire mieux pour pouvoir permettre de soulager davantage les populations parce que les choses sont difficiles. Garder les lieux de commerce fermés pendant des semaines, ce n’est pas chose aisée. En un mot, l’Etat doit revoir beaucoup de choses.

Que répondez-vous à ceux qui pensent que le Covid-19 n’existe pas au Burkina Faso ?

Cela veut tout simplement dire que nous avons du chemin à faire. C’est peut-être de l’ignorance. Je ne dirais pas une chance mais, ces gens-là n’ont peut-être pas eu de contact direct ou indirect avec des personnes qui sont décédées de cette maladie. Il est difficile de convaincre quelqu’un qui est resté loin de cette situation, qui n’a pas vécu cette pandémie. En fonction de la position sociale des uns et des autres, la perception par rapport à la maladie peut différer. Je peux comprendre ces personnes, mais c’est en même temps inquiétant et une alerte qu’il faut que nous puissions nous mobiliser davantage pour la sensibilisation.

Propos recueillis par Issa SIGUIRE Le Pays

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